Le château de La Chaux-Montgros : un joyau auvergnat ressuscité, entre légende et renaissance

Au cœur du comté d’Auvergne, se dresse une silhouette imposante et majestueuse : le château de La Chaux-Montgros à Sallèdes. Ce monument, longtemps oublié et menacé de ruine, connaît aujourd’hui une véritable renaissance grâce à la passion inébranlable de bénévoles. Mais au-delà de son impressionnante restauration, ce château recèle une histoire intéressante, teintée de mystères et d’influences architecturales uniques.

L’origine de son nom : « La Chaux », une terre de plateaux

Le nom « La Chaux » trouve ses racines dans le paysage auvergnat. En effet, « Chaud » ou « Chaux » est un terme désignant les plateaux ou montagnes à sommet aplati. Le château de La Chaux-Montgros est ainsi désigné comme l’une de ces hauteurs caractéristiques, se dressant fièrement sur un site offrant un panorama remarquable sur la forêt de la Comté, les monts Dore, le massif du Sancy et les monts Dômes.

Une histoire riche et mystérieuse : entre forteresse médiévale et résidence Renaissance

Le château de La Chaux-Montgros est une construction charnière, unique en Auvergne, qui fait le lien entre la « château-forteresse médiévale » et la « château-grande résidence rurale ». Sa base massive est d’inspiration médiévale, tandis que le reste de l’édifice, avec ses éléments en brique, est d’influence Renaissance italienne du début du XVIe siècle. Construit vers 1550, il se caractérise par un plan massé rappelant le Moyen Âge, l’utilisation de chaînages de briques et la majesté de son escalier central.

Malgré sa date de fin de construction avérée en 1551 (grâce à la mention d’une chapelle), l’origine exacte du château reste entourée de mystères, alimentant deux thèses :

  • La thèse romanesque et légendaire voudrait que le château ait servi de résidence à Catherine de Médicis et ait été construit par des artisans ramenés d’Italie, avant d’être potentiellement cédé à Jean de la Guesle, son amant présumé. Cette légende tenace associe même le site à sa fille, la Reine Margot.
  • La thèse des historiens, plus rigoureuse, affirme que l’attribution de la construction à Catherine de Médicis est contestée par les faits et l’absence de documents. Ils suggèrent que l’édifice aurait été construit pour le duc d’Albany, qui avait laissé les clés de tous ses autres châteaux à sa nièce, Catherine de Médicis, pour qu’elle puisse épouser l’un des fils de François 1er, ami intime du duc et que François de la Guesle, écuyer du duc d’Albany et propriétaire du fief de La Chaux-Montgros, pourrait être à l’origine de cette construction.

Quoi qu’il en soit, le château fut bien entretenu pendant ses deux premiers siècles, avant d’être progressivement démantelé, dénaturé, abandonné et même vandalisé à partir de 1740. Il fut même utilisé pour y garder les vaches, avant d’être « rongé par la végétation » et totalement oublié.

Les Guesle : une famille au cœur de l’histoire du château

La famille de La Guesle est fortement liée à l’histoire du château de La Chaux-Montgros et à la région. Jean de La Guesle, seigneur de La Guesle et de La Chaux-Montgros en 1459, est le père de François de La Guesle. Ce François de la Guesle, écuyer du duc d’Albany, est une figure clé, potentiellement à l’origine de la construction du château. Il est également mentionné comme ayant reçu du roi François Ier en 1536 le « gouvernement des terres et seigneuries de la maison de Bouloigne assises ou pais d’Auvergne », suite au décès du duc d’Albany. La seigneurie de La Chaux-Montgros fut d’ailleurs ajoutée à la justice de La Guesle en 1574. Plusieurs membres de cette famille, dont Antoine, Ives, Alexandre, et un autre Jean de La Guesle, ont occupé des postes importants, comme capitaines de villes ou conseillers royaux, consolidant ainsi les liens de la famille avec l’Auvergne et ses terres.

La renaissance du Château : un sauvetage par la passion et la mobilisation

Le château de La Chaux-Montgros, classé Monument Historique en mai 2000, doit sa survie à une incroyable mobilisation. Redécouvert dans les années 1960-1970, il était alors totalement à l’abandon. Dès 1971, des passionnés se sont lancés dans un défi courageux : son sauvetage. L’Association Renaissance La Chaux Montgros (ARCM), la troisième association à se mobiliser, a pris le relais en 2010 et 2011, reprenant un chantier abandonné avec une ferme intention d’agir en urgence.

Sous la houlette de figures dynamiques comme Manou et Pierre Courtesseyre, l’ARCM et ses bénévoles ont entrepris des travaux acharnés pour la rénovation et la conservation de ce patrimoine. Leurs efforts ont déjà permis d’importantes avancées, comme les premières opérations de mise en sécurité et mise hors d’eau de l’édifice, conduites sous l’autorité de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles). Il aura fallu près de 50 ans d’efforts pour le sortir des ronces et de l’oubli.

Le château a bénéficié d’un soutien de taille, notamment sa sélection par la Mission Bern en janvier 2019. La Fondation du patrimoine a également apporté un soutien significatif, totalisant 369 624 € de financements, incluant des dons issus de collectes antérieures, des aides du Loto du patrimoine et du mécénat. Le succès de la seconde collecte en août 2020, qui a permis d’obtenir 30 000 €, a été un signe encourageant, tout comme le soutien de mécènes nationaux comme AG2R La Mondiale et du Club des mécènes du Puy-de-Dôme.

Aujourd’hui, l’urgence est à la pose complète de la toiture du château, incluant la restitution des toitures des tours d’angle, ainsi que la restauration du clos et du couvert. L’ARCM continue de mobiliser ses efforts et a besoin du soutien de tous pour que les travaux perdurent jusqu’à leur terme, afin de sauvegarder de manière pérenne cet édifice majeur et l’intégrer pleinement au cœur de l’animation de son territoire. Le château de La Chaux-Montgros est un témoignage superbe de la Renaissance auvergnate, et grâce à la passion et à l’engagement, ce monument unique de la Toscane auvergnate revit, posant de nouvelles énigmes et s’affirmant comme un lieu emblématique à découvrir.